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Le Léguer

Cette rivière, j’y ai passé le plus clair de mon enfance et de mon adolescence, ma famille étant originaire du Trégor lannionais et mes parents résidant à Tonquédec, sur ses rives. Elle a fait de moi le pêcheur à la mouche que je suis devenu et a nourri ma vie d’émotions uniques, attachées à cette rivière magique, considérée comme l’un des plus belles de Bretagne. Je n’irai pas contre cet avis, que je partage avec de nombreux pêcheurs à la mouche et quelques amis.

Caractéristiques

Le Guer prend sa source à 270 mètres d’altitude à l’ouest de Bulat-Pestivien, dans la partie orientale des Monts d’Arrée, à quelques kilomètres du Blavet qui prend sa source sur le versant opposé. A Belle-Isle-en-Terre, il rencontre le Guic, son principal affluent, pour devenir le Léguer. Son cours s’étire sur 62,3 km dont 9 km d’estuaire et se perd en mer dans la Baie de Lannion entre Beg Léguer et la pointe du Dourven. Dans sa course vers la mer, -sa pente de 5,1% en fait une rivière au courant plutôt rapide-, il reçoit quelques affluents, le Frout, le Saint-Ethurien et le Milin Rann (ou ruisseau de Kerlouzouen), ce dernier le rejoignant en plein centre ville de Lannion, en zone d’influence des marées.
J’ai déjà écrit de longs descriptifs sur le Léguer et ceux qui ont lu Plaisirs des la Pêche, le magazine dont j’étais le rédacteur en chef jusqu’en 2005, s’en souviennent sans doute.
La rivière, large de 8 à 15 mètres sur mes secteurs de guidage, présente une alternance de secteurs de courants, plus ou moins rapides, de lisses et de biefs, les stang (étangs en breton). Ces anciennes retenues de moulin sont aujourd’hui moins profondes qu’elles ne le furent car la gestion piscicole moderne a logiquement imposé l’ouverture des déversoirs afin de faciliter la libre circulation des salmonidés migrateurs : saumon, truite de mer et truite fario. Cela permet également de limiter le réchauffement des eaux en été et de limiter le fléau de l’eutrophisation.
Les fonds sont majoritairement rocheux et sableux, d’énormes blocs de granit, souvent de plusieurs tonnes, forment parfois des chaos, donnant un aspect féérique aux lieux, spécialement lorsque ces énormes roches, polies par les flots depuis des millénaires, sont ornées de mousses, lichens, fougères Trichomanes et autres Osmondes royales.

La rivière s’écoule en majorité dans une vallée en “V”. Celle-ci est étroite, abrupte et très profonde. L’exception se situe dans les environs de Belle-Isle-en-Terre, à cet endroit le Léguer forme des méandres dans un fond de vallée relativement large. Cette vallée étroite est largement boisée, cette couverture végétale jouant un essentiel rôle tampon en limitant le lessivage des surfaces agricoles vers la rivière.
Les eaux du Léguer sont d’une grande clarté mais légèrement ambrées, selon les cas proches d’un single malt écossais ou irlandais, ou d’un thé Earl Grey bien infusé.
Cela n’empêche pas de voir parfois les poissons stationnés sur des bancs de sable blond. Les fonds du Léguer présentent une palette de couleurs unique à mes yeux, certaines roches et galets sont d’un beau rouge carmin, d’autres sont presque dorés.

La truite du Léguer est magnifique, sauvage, racée, encore peu polluée génétiquement (gestion patrimoniale depuis au moins 4 décennies), dorée, bronze, avec son opercule si finement pointillé de noir et sa nageoire anale liserée de blanc et noir.

La truite du Léguer est magnifiquement adaptée à son environnement, dont elle sait tirer le meilleur profit alimentaire : opportuniste, elle n’en est pas moins d’une très grande méfiance et disparaît à la moindre alerte. Elle est active en surface en cas d’émergence mais a toujours un œil tourné vers le haut, si bien qu’elle réagit bien à une artificielle réaliste dérivant de manière naturelle. Le Léguer est un paradis pour la pêche de l’eau et des postes, innombrables.

Coulées d’herbiers (renoncules et callitriches), bordures, pourtour des roches, bancs de sables, poches d’eau, la fario du Léguer est partout, les plus beaux poissons occupant souvent les postes les plus improbables et les plus inaccessibles. La défense d’une belle truite adulte est impressionnante de puissance et de vivacité et l’instinct de survie du poisson, qui connaît parfaitement son environnement subaquatique, lui permet souvent d’échapper au filet de l’épuisette du pêcheur.

C’est toujours une vraie émotion que de pouvoir contempler puis libérer une truite du Léguer.

La taille moyenne des farios du Léguer est sans doute inférieure à celle des autres rivières sur lesquelles je guide mais la beauté et la puissance des poissons le compense. Et puis une belle surprise est toujours possible sur cette rivière magique qui abrite tout de même des poissons mesurant près de 40 cm et surtout de nombreuses truites de mer (finnocks) qui, comme les truites sédentaires, gobent des insectes en surface.

Le Léguer abrite également une belle population de saumons Atlantique, poisson pour lequel je guide sur demande, au printemps ou en arrière saison.