Saumons du Léguer…en liberté

C’est à l’occasion des récentes crues du Léguer que l’on a pu observer
le spectacle merveilleux de la remontée des saumons de l'Atlantique
vers leurs zones de reproduction des affluents de la tête de bassin, le Guic et le Guer.

Le photographe naturaliste Samuel Jouon, enfant du pays, a pu immortaliser ce spectacle rare que les béotiens croient d’un autre temps. Il m’a confié ces photos qui sont un véritable témoignage de résistance
de nos milieux aquatiques, bafoués, agressés, méprisés.
Combien de temps la nature prendra-t-elle encore le dessus sur l’inconscience de notre
modèle sociétal ? Prenez-en plein les yeux, ça pourrait ne pas durer!


Le manque dramatique d’eau avait jusque-là cantonné les poissons sur les secteurs inférieurs
de la rivière, à l’amont immédiat de Lannion et dans les biefs les plus profonds
des communes de Buhulien, Ploubezre et Tonquédec, entre autres.

 

Le Léguer sous la grêle en amont du pont du château de Tonquédec  Photo: © Christian Le Gac 

Le coup d’eau a mis tout ce petit monde, jusque-là presque invisible, en mouvement et ce sont
des centaines de saumons que l’on a pu observer à l’aval immédiat des ouvrages,
déversoirs et passes aménagées.

Le Léguer sous Milin Traoumorvan (Tonquédec) Photo: ©Christian Le Gac 

A noter que depuis l’arasement du barrage de Kernansquilliec en 1996 (premier barrage hydroélectrique
à être effacé sur une rivière à saumons en France), la voie migratoire a été rétablie et le grand poisson
peut à nouveau accéder à l’ensemble du bassin versant et particulièrement aux affluents et
sous–affluents de la partie amont, Guic, Saint-Emilion, Guer.

Le haut Guer, dans la forêt de Coat-Noz, un des sanctuaires du frai des saumons du Léguer  Photos: © Philippe Dolivet 

L

Samuel Jouon en quelques lignes
• Né le : 15 décembre 1977 à Rennes
• Vit à : Le Vieux-Marché (22)
• Formation : DESS “Ingénieurie des hydrosystèmes continentaux en Europe”
• Situation professionnelle : Ingénieur au Comité de bassin versant du Léguer
dont il est le coordonnateur depuis 2003
• Photographie : Achat de son premier reflex (numérique) en 2007 suite à une expo de l'asso
Déclic'Armor sur le Léguer. Rapidement, premières sorties avec les collègues de Déclic'Armor et adhésion
à l'association dont il fait toujours partie. Assez vite, il s'intéresse plus particulièrement aux photos de nature et animalière mais ne dédaigne pas non plus des reportages sur l'Homme avec des photos d'ambiance du festival du bout du monde (Crozon 29) en tant que photographe bénévole ou encore un
reportage photo dans le service maternité de l'hôpital de Lannion.
• Publications de photos dans les magazines : Chasseur d'images, Ar Men, Bretagne magazine, Image et Nature, Terre Sauvage, différentes publications de France Nature Environnement et d'Eau et rivières
de Bretagne. Nombreuses distinctions et récompenses lors de festivals photographiques en Europe
Contact : http://samueljouon.jimdo.com/

La réalité du terrain
Les estimations visuelles (comptages des frayères) et les pêches d’inventaires de
juvéniles saumons (tacons) semblent démontrer un potentiel de production de… plusieurs milliers de
saumons sur l’ensemble du bassin versant du Léguer, un véritable trésor biologique.

A quand la mise en place à l’amont de Lannion d’un véritable outil de mesure et de gestion des stocks comme il existe sur l’Elorn (station de vidéo comptage de Kerhamon), sur la Touques (station du Breuil-en-Auge) et sur de nombreuses rivières européennes et nord-américaines ?

A quand une véritable valorisation transparente et démocratique de la ressource par la pêche récréative
et sportive, on le sait source de véritables retombées économiques locales (hébergement, restauration,
guides de pêche, etc.)?

Le Léguer et ses saumons sont pour l’instant aux mains d’une poignée de pêcheurs locaux peu scrupuleux qui s’approprient (les meilleurs trous de la rivière sont littéralement “patrouillés” et “monopolisés” lors des remontées de saumons de printemps) une richesse communautaire et pour lesquels
un saumon vu doit être un saumon pris…et tué!

Grappinages, obstructions de passes à poissons, pêche illicite alors que le TAC est atteint, pêche à la
cuillère en période mouche, j’en passe et des meilleures : tout est bon pour remplir le congélo !!!

 Nos valeureux poissons subissent pourtant déjà de nombreuses menaces dans le milieu naturel :
sur-pêche en mer et braconnage en estuaire, contamination par colmatage et ensablement des
zones de frai, prédation en mer, pollutions diverses et variées. 

De plus en plus préoccupant est la sur-prédation par le grand cormoran que subissent les saumons
juvéniles (tacons, smolts) mais également les truites et saumons adultes en eau douce.

Cet oiseau devenu totalement invasif depuis plusieurs années déjà, semble, chez nous, se spécialiser
sur les salmonidés, truites et saumons. Le grand cormoran est en train de mettre en péril nos populations endémiques de salmonidés, déjà très menacées. Ce n’est pas une vue de l’esprit et j’observe
ce phénomène de manière quasi quotidienne en rivière (Léguer, Elorn) et en lac (Drennec).

Cormoran pêchant...le saumon Photo: © Samuel Jouon

A raison de 300 à 500 grammes de salmonidés par jour et par cormoran, les calculs sont vite
faits pour des populations de plusieurs dizaines d’oiseaux par bassin versant,
sans parler des innombrables poissons blessés et donc condamnés.


Je suis un ami des bêtes et des oiseaux mais dans ce cas précis, je me demande ce que les préfets
attendent pour délivrer des autorisations de tirs de régulation aux gestionnaires des cours d’eau
menacés. La sauvegarde des salmonidés sauvages et de leurs biotopes représente un véritable coût
pour la collectivité. Le grand cormoran menace truites et saumons sauvages, richesses d’intérêt communautaire, symboles du renouveau de la qualité biologique de nos cours d’eau.

  

Notez le saumon bloqué sur le mur de la passe...et le cormoran en action de pêche  Photo: © Samuel Jouon

POUR INFO
Grand Cormoran
Phalacrocorax carbo sinensis
Famille des phalacrocoracidés

Photo: © Christian Le Gac  

Biologie :
C'est un oiseau qui peuple l'Europe, l'Asie centrale, méridionale, l'Afrique, l'Australie et l'Amérique du Nord-Est. En France, c'est un oiseau migrateur, bien que des cas de sédentarisation sont observés.
Il niche en Europe centrale, dans les pays scandinaves, mais aussi à des latitudes moins élevées, comme en Irlande ou aux Pays-Bas. La ponte compte 3 ou 4 oeufs qui sont couvés par le mâle et la femelle pendant 28 jours. Les petits sont nidicoles, ils ouvrent les yeux à 4 ou 5 jours, sont élevés et soignés par les deux parents. Ils volent à 60 jours, mais il leur faut 11 à 12 semaines pour devenir indépendants. A l'automne, il entame sa migration vers le Sud, pour séjourner en hiver en Europe occidentale jusqu'en Afrique du Nord. Il consomme en moyenne 300 à 500 grammes de poisson par jour. Sa prédation n'épargne aucune espèce de poisson, et peut s'avérer catastrophique pour les salmonidés.

Invasion :
Très rare à l'intérieur des terres jusqu'au début des années 80, il a bénéficié d'une protection accrue suite à la marée noire de l'Amoco Cadiz du 16 mars 1978. Sa protection fut totale jusqu'en 1995.
La population séjournant en France durant l'hiver s'élèverait au minimum à 160 000 individus.

Le Moulin du Losser (Ploubezre) Photo: © Christian Le Gac  

Déversoir de Kergrist (Tonquédec) Photo: © Christian Le Gac 

Juste pour information ... de

Juste pour information ... de quel déversoir s'agit t'il sur les (magnifiques) photos ? Il me semble que ce soit le même déversoir où l'on peut voire (sur une photo du site de l'aappma de Lannion), un saumon d'un bon mètre, qui tente (avec plus ou moins de difficultés j'imagine) de franchir l'obstacle ! http://peche.lannion.assoc.pagespro-orange.fr/Actualites_Saumon.htm ! Merci d'avance pour l'information ... qui me permettra peut etre d'observer le spectacle l'an prochain ... à condition d'être présent le jour J !

déversoirs

Bonjour,

les photos sont prises à plusieurs endroits mais toutes sur le Léguer : déversoir de Kériel, plage de Trégrom, moulin de Kergueffiou, déversoir du moulin de Kervern

et, oui, il faut tomber sur le jour J ;-), alors bonne chance...

Samuel

Important

Nous sommes ici des pêcheurs donc amoureux de la nature, les avis sont tous bons à prendre. Mais l'IMPORTANT c'est surtout de ne pas se diviser. Car l'union fait la force.
BYE

S'il n'y avait que les cormorans...

Bonjour Olivier,
La lutte contre le braconnage est presque inexistante en BZH, c'est un pillage qui est fait sur nos rivières. Ce n'est pas la lettre au préfet ou quelques amendes qui vont empêcher certains groupes ou quelques personnes qui sont d'ailleurs notoirement connues des pêcheurs et souvent des copains, de continuer à piller. Je suis étonné qu'une espèce comme le saumon de printemps si fragile et si rare ne soit pas totalement protégée et sa pêche interdite !!!
Une autre belle histoire : les saumons de dévalaison crèvent aprés avoir été pêchés au paquet de vers
Quand on voit la quantité de saumons de dévalaison qui sont repartis avec des hameçons au fond du ventre l'an dernier, parce que des inconscients voulaient juste s'amuser, ce n'est pas une gestion remarquable et loin de là, c'est pitoyable. Alors si ces pêcheurs sont minoritaires, comment se fait-il que la grande majorité des pêcheurs respectueux n'ait pas condamné ces irresponsables?
Bonne journée
Eric Hamon, guide de pêche sur le Léguer

Vision très juste...

Salut Philippe
Merci pour ces magnifiques photos, accompagnés de commentaires très réalistes. Quand on parle de garderie, cela peut faire sourire...Quels gardes ? Sur quel budget ? Qui peut prendre le risque de vouloir faire respecter les règles, au risque de prendre un coup de fusil ...?

cormoran

On trouve surtout les cormorans quand il ya pbs de remontéé .Ainsi,j'en ai observé au losser (il n'y a pas de passe juste une goulotte pour le kayak qui n'est franchissable qu'avec un certain débit...)et à Keriel ou il manifestement pbs puisqu' une grande partie des saumons étaient bloqués en aval...Débloquons ces situations et nous verrons comment réagiront les cormorans!!!

Petit complément...

Il est clair que lorsque les poissons sont bloqués dans leur remontée, les cormorans s'en donnent à coeur joie.
J'ai la chance de vivre à quelques centaines de mètres du lac du Drennec et en effet, les truites sauvages sont longtemps restées en attente dans les anses de l'Elorn et du Mougau, le débit des deux affluents étant très faible et donc insuffisant pour que les poissons regagnent leurs frayères de l'amont. Cette situation a duré de longues semaines et les cormorans que j'ai pu observer par dizaines se sont régalés. Un véritable crève coeur quand on connaît les efforts consentis par l'AAPPMA de l'Elorn (écloserie, protection intégrale sur le parcours mouche et en arrière saison, entretien de cours d'eau, etc.) pour pérenniser cette souche désormais endémique (pour rappel on note des truites fario sauvages pesant jusqu'à 5,2 kg!!).
Lors du récent coup d'eau, j'ai pu observer 3 cormorans pêchant allègrement et en meute dans le mini-pool (3 mètres de large) du Mougau situé juste à l'aval de la route de l'anse du même nom. J'ai je l'avoue ressenti du dégoût et un véritable sentiment d'impuissance devant un tel spectacle. On observera sans doute de nombreux poissons blessés dans le piège ou sur les frayères. Je ne parle même pas du carnage qui a eu lieu toute la saison sur les truites arc-en-ciel, quelles que soient leurs tailles. Vraiment rageant compte tenu de l'objectif de remontée des effectifs du lac par l'introduction de truitelles ne demandant qu'à grandir. Là également ce sont des fonds communautaires qui sont dilapidés.
Par ailleurs, il est notoire que la prédation du grand cormoran sur les salmonidés ne se limite pas aux conditions hydrauliques extrêmes. J'ai tout au long de mes trois dernières saisons de guidage sur l'Elorn et l'Aulne rivière (et quelques journées rituelles de pêche perso sur le Léguer) pu quotidiennement observer des cormorans en action de pêche de truites et de tacons dans les fosses et même sur les radiers!
Mes clients peuvent tous en témoigner: il ne s'agit pas d'un phénomène secondaire mais désormais d'un véritable problème chronique.
Pour info, les “river-keepers” des rivières du Sud de l'Angleterre du Wiltshire et du Hampshire (desquelles je reviens) n'ont pas attendu que leurs poissons, truites et ombres, soient menacés d'extinction pour réagir. La pérennité de leurs emplois est en jeu puisque les rivières sont littéralement jardinées et valorisées par la pêche sportive. Au pays des amis des oiseaux, le cormoran est portant non grata sur les rivières et réservoirs et les consignes sont strictes: un bon cormoran est un cormoran mort.
Un exemple: Peter Major, le jeune river-keeper des 3,5 km du parcours de Heale sur l'Avon (la rivière de Franck Sawyer, l'inventeur de la Pheasant Tail et river-keeper sur cette même rivière) a tué plus de 100 cormorans en 2011!
La valorisation sérieuse de nos cours d'eau par le tourisme pêche est une des solutions concrètes pour dégager les fonds nécessaires au financement de ce type d'emploi. Si quelqu'un en connaît une autre, je suis tout-ouïe !

continuité écologique

La remontée pose des problèmes,on le voit encore plus cette année§Même s'il existe des passes,elles ne sont que partiellement fonctionnelles et de'" ce fait entrainent des comportements de pêche qui sont limites .Certains secteurs en aval de quelques déversoirs sont assidument fréquentés car les poissons sont en difficulté par rapport à l'obstacle,il est étonnant que l'on laisse ce genre de pratique se faire,cela n'encourage pas à une certaine conception de la pêche.Chaque année la repro saumon est soumise aux aléas climatiques parce qu'une partie des moulins ne sont pas équipés de passes,il est à remarquer que certains n'ont pas de droit d'eau et que d'autres n'ont pas de passes.Ceci 15 ans après avoir effacé le barrage de Kernansquillec(+ d'un million d'euros)Ni l'état,ni les aappma locales n'ont rien fait...A méditer...

Magnifique image et reportage

Magnifique image et reportage !!
par contre je trouve ne partage pas du tout vos clichés, rapides sur les pêcheurs, c' est oublier bien vite le travail des pêcheurs...notamment sur la prise de responsabilités dans la gestion de la pêche , indices d' abondances sont réalisé par les pêcheurs, nettoyage des rives, mise en place des échelles a poissons (ce sont bien là aussi les pêcheurs qui en sont a l' origine), sur l' interventions et la participations actives dans les SAGE, les CRE, ... sur la participation a la mise en place de la continuité écologique.... sur la mise en place et la gestion raisonnée des quotas de pêches (tacs) ... la lutte contre le braconnage ...(garde, lettre au préfet ..ect ect)...toute ces actions qui vont dans le sens de l intéret géneral et bien éloignés de l image de quelques pêcheurs qui s' approprient la rivière et qui sont minoritaires!

Mise au point

Olivier, merci pour vos commentaires.
Soyons clairs, mon propos ne concerne en aucun cas l'immense majorité des pêcheurs respectueux de la ressource ni bien sûr les gestionnaires de nos cours d'eau qui font le plus souvent un travail remarquable, dans l'ombre du bénévolat.
Il ne s'agit pas de clichés mais de la réalité d'une situation concrète qui concerne un groupe réduit d'individus qui ne respectent rien, ni les poissons, ni les autres pêcheurs. Ils sont bien évidemment minoritaires mais ce genre de comportement ne devrait plus être toléré... ou passé sous silence. Je ne fais donc qu'informer et dénoncer ces agissements bien réels, rien de plus. J'ai grandi dans la vallée du Léguer et ces pratiques d'un autre temps perdurent toujours au gré de l'abondance ou de la raréfaction du saumon.

Superbe article

De très jolies photos et de malheureux constats (braconneurs et cormorans).
Un article qui nous montre la nature sous toute sa splendeur.
Merci Philippe.

Bravo, respect, c'est juste

Bravo, respect, c'est juste Juste ! Photos magnifiques, contenu bien exprimé et necessaire á tous énervés de la Gaule ou pas ! Bravo, il faut faire une page avec lien facebook pour les commentaires, et pour une diffusion de masse. A continuer absolument, tu tiens le bon bout, j'espère la première chronique d'une longue série..... J'adooooooooore Bizzzzzz @+ Félicitations au photographe !!!!

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